LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL - DISCOURS PRONONCÉ DEVANT L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE New York - le 24 septembre 2019

Date de publication : 2019-09-25

Monsieur le Président,

Mesdames et messieurs les chefs d'État et de gouvernement,

Excellences,

Mes chers collègues, mes chers amis,

La Charte des Nations Unies est très claire: les peuples d'abord.

Les mots par lesquels s'ouvre la Charte –«nous, peuples des Nations Unies»–résonnent comme une injonction: il faut placer l'être humain au cœur de nos efforts.

Tous les jours. Partout.

Les personnes avec leurs angoisses et leurs aspirations.

Leurs souffrances et leurs espoirs.

Avant tout, des personnes qui ont des droits.

Ces droits ne sont pas une faveur que l'on pourrait accorder ou retirer à loisir.

Ces droits sont une attribution pour tout être humain.

Pendant la première moitié de mon mandat, j'ai eu la chance de rencontrer beaucoup de personnes dans le monde, là où elles vivent, là où elles travaillent, là où elles rêvent, loin des salles de réunion et de leurs dorures.

Et je les ai écoutées.

Ces familles du Pacifique Sud qui ont peur de voir leurs vies balayées par l'élévation du niveau des mers…

Ces jeunes réfugiés du Moyen-Orient qui veulent retourner à l'école et rentrer chez eux…

Ces personnes qui ont survécu à l'Ebola au Nord-Kivu et qui s'efforcent de rebâtir leur vie…

Ces femmes qui exigent l'égalité et des possibilités…

Des personnes de toutes croyances et traditions qui souffrent simplement en raison de ce qu'elles sont.

Et tant d'autres.

Nous vivons une époque d'inquiétude.

Beaucoup ont peur de perdre pied, peur d'être écrasés, écartés ou laissés de côté.

Les machines leur volent leur travail. Les trafiquants volent leur dignité. Les démagogues volent leurs droits. Les chefs de guerre volent leur vie. Les combustibles fossiles volent leur avenir.

Et pourtant, toutes ces personnes croient encore dans les valeurs et dans les idées qui nous réunissent ici, dans cette salle.

Elles ont foi en l'Organisation des Nations Unies.

Mais ont-elles foi en nous?

Est-ce qu'elles croient leurs dirigeants prêts à placer les personnes en premier ?

Nous, les dirigeants, devons répondre présent pour nous, peuples.

Excellences,

Les peuples ont le droit de vivre en paix.

Il y a un an dans cette salle, j'ai parlé des vents d'espoir qui soufflaient en dépit du chaos et de la confusion régnant dans notre monde.

Depuis, certains de ces vents ont continué de nous pousser dans la bonne direction.

Contre l'attente de certains, des élections pacifiques ont eu lieu à Madagascar, aux Maldives et en République démocratique du Congo, entre autres.

La Grèce et la Macédoine du Nord sont parvenues à régler le différend qui les a opposées pendant des décennies au sujet du nom de cette dernière.

Le dialogue politique au Soudan et le processus de paix en République centrafricaine ont fait renaître l'espoir.

Et un pas dans la bonne direction vient d'être accompli pour trouver une issue politique à la tragédie qui déchire la Syrie, en conformité avec la résolution 2254 du Conseil de sécurité.

Comme je l'ai annoncé hier, toutes les parties concernées sont parvenues à un accord en vue de la création d'un Comité constitutionnel crédible, équilibré et inclusif, placé sous la conduite des Syriens, qui prendront en main ce processus.

Mon Envoyé spécial rentre tout juste de Damas où il a finalisé les derniers détails avec le gouvernement et l'opposition. L'Organisation des Nations Unies attend avec impatience de convier le Comité à Genève dans les semaines à venir.

Excellences,

Toutefois, autour du monde, nous voyons des conflits qui perdurent, un terrorisme qui se propage et le risque d'une nouvelle course aux armements.

Les ingérences extérieures, souvent en violation des résolutions du Conseil de sécurité, rendent les processus de paix encore plus difficiles.

Et beaucoup de situations demeurent non résolues: au Yémen, en Libye, en Afghanistan et ailleurs.

Une série d'actions unilatérales risque de torpiller la perspective d'une solution des deux États entre Israël et la Palestine.

Au Venezuela, quatre millions de personnes ont fui leur pays, un des déplacements les plus massifs au monde.

Les tensions s'exacerbent en Asie du Sud, où il est devenu urgent de dialoguer afin de régler les désaccords.

Le risque de voir exploser un conflit armé dans le Golfe est réel et les conséquences seraient bien trop dévastatrices. Les attaques qui ont récemment visé les installations pétrolières de l'Arabie saoudite sont totalement inacceptables.

Dans un contexte où la moindre erreur de jugement peut déclencher un affrontement majeur, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour appeler à la raison et à la retenue.

J'espère qu'un jour, tous les pays de la région pourront coexister dans un esprit de respect mutuel et de coopération, sans ingérences dans les affaires des autres. J'espère aussi qu'il sera possible de préserver les progrès accomplis dans le domaine de la non-prolifération nucléaire dans le cadre du Plan d'action global commun.

Excellences,

Depuis le premier jour, j'ai toujours insisté sur la prévention des crises et de la médiation et appelé à un sursaut de la diplomatie au service de la paix.

Imaginez toutes les vies que nous pourrons sauver si nous investissons davantage dans la pérennisation de la paix dans le monde.

Quelque 100000 Casques bleus protègent les civils et promeuvent la paix dans certaines des zones les plus sensibles de la planète.

Grâce à notre initiative «Action pour le maintien de la paix», nous agissons de manière plus efficace et nous réaffirmons nos partenariats avec les pays qui fournissent des contingents et du personnel de police, les pays hôtes et les organisations régionales comme l'Union africaine et l'Union européenne.

Je suis également fier des membres du personnel humanitaire qui s'emploient sans relâche à soulager les souffrances autour du monde. L'ONU assure plus de la moitié des secours humanitaires internationaux, en veillant à ce que des millions de personnes reçoivent une protection, des vivres, des médicaments, un abri, de l'eau et tout ce dont elles ont besoin pour survivre.

Rien que cette année, nous avons perdu, dans des attaques brutales ou d'autres circonstances, au moins 80 soldats de la paix, agents humanitaires et autres personnels. Ces femmes et ces hommes ont donné leur vie pour essayer d'améliorer celle des autres. Je rends hommage à leur service et sacrifice.

Excellences,

Nous avons développé notre dispositif pour la lutte antiterroriste et défini de nouvelles stratégies pour combattre l'extrémisme violent et s'attaquer à ses causes profondes, dans le respect des droits humains.

Et j'ai présenté un nouveau programme de désarmement pour faire avancer la paix mondiale.

Il faut que l'accord «New Start» soit prolongé dans un avenir proche. Nous devons travailler sur la menace grandissante que représentent les missiles balistiques et faire en sorte que l'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en 2020 soit un succès.

L'avenir dans la péninsule coréenne demeure incertain. Je soutiens pleinement les efforts déployés en vue de la tenue d'une nouvelle réunion au sommet entre le Président des États-Unis et le dirigeant de la République populaire démocratique de Corée.

En cette époque de transition, marquée par des difficultés des rapports entre puissances, un nouveau risque se profile à l'horizon, un risque encore mince, mais bien réel.

Je crains la possibilité d'une Grande Fracture: une planète divisée en deux, qui verrait les deux plus grandes puissances économiques asseoir leur pouvoir sur deux mondes séparés en compétition, chacun avec sa devise dominante, ses propres règles commerciales et financières, son propre Internet et sa propre intelligence artificielle, et ses propres stratégies géopolitiques et militaires dans un jeu à somme nulle. 

Nous devons tout faire pour éviter cette Grande Fracture et préserver un système universel–une économie universelle dans le respect universel du droit international; un monde multipolaire avec des institutions multilatérales solides.

Excellences,

Les peuples ont droit à la sécurité sous tous ses aspects.

Toutes les mesures qui sont prises pour faire respecter les droits humains contribuent au développement durable et à la paix.

Au XXIesiècle, nous devons percevoir les droits humains de telle sorte qu'aucun être humain ne soit oublié et en défendant tous les droits.

Économiques. Sociaux. Culturels. Politiques. Civils.

Ce serait une erreur que d'ignorer ou réduire l'importance des droits économiques, sociaux et culturels.

Mais ce serait tout aussi erroné que de penser que ces droits sont suffisants pour étancher la soif de liberté de par le monde.

 

Les droits humains sont universels et indivisibles. Ce n'est pas un choix à la carte, on ne peut en privilégier certains au détriment d'autres.

 

Toute personne a le droit au bien-être et à des conditions de vie dignes.

 

Tout le monde doit pouvoir prendre soin de sa santé, se loger, se nourrir,

 

bénéficier d'une protection sociale et vivre dans un environnement durable,

 

recevoir une éducation –pas seulement pour s'instruire mais aussi pour apprendre à apprendre.

 

Tout le monde doit pouvoir avoir un travail décent, et en particulier les jeunes.

 

Ces droits imprègnent le Programme de développement durable à l'horizon 2030 et sont aussi l'un des meilleurs moyens de prévenir les conflits.

 

Et pourtant, nous sommes loin du compte.

 

Les inégalités se creusent vertigineusement.

 

Notre économie mondialisée produit des revenus gigantesques, mais ce sont quelques élites qui en accaparent les fruits.

 

Aujourd'hui encore, les chances de vivre hors du besoin et dans toute sa dignité d'être humain dépendent moins des capacités d'une personne que des circonstances de sa naissance. C'est la triste réalité.

 

Le Sommet sur les objectifs de développement durable qui se tient aujourd'hui et le dialogue de jeudi sur le financement nous offrent l'occasion de rehausser nos ambitions, notamment, en exploitant le potentiel prometteur de la technologie et de l'innovation, comme recommandé par le Groupe de haut niveau sur la coopération numérique.

 

Excellences,

 

Comme cela a été souligné hier lors du Sommet sur l'action pour le climat, l'urgence climatique est une course contre la montre, une course que nous sommes en train de perdre, mais que l'on peut encore gagner si nous sommes prêts à changer nos habitudes maintenant.

 

Même notre langage doit s'adapter: ce que nous appelions hier encore «changement climatique» est devenu aujourd'hui une véritable «crise climatique». Hier encore, nous évoquions le «réchauffement de la planète», mais il serait plus juste de parler aujourd'hui de l'«… de la planète».

 

Nous sommes témoins de températures sans précédent et de tempêtes incessantes, face auxquelles on ne peut plus nier les vérités scientifiques.

 

Il y a dix jours, aux Bahamas, j'ai vu la dévastation causée par l'ouragan Dorian.

 

Mais ce n'est qu'un prélude aux désastres que nous annonce la science.

 

Dans le même temps, une autre voie se dessine, et des solutions voient le jour.

 

Le monde commence à évoluer, pas assez vite il est vrai, mais dans la bonne direction: il se détourne des combustibles fossiles pour s'ouvrir à toutes les possibilités qu'offre l'économie verte.

 

À l'occasion du Sommet sur l'action pour le climat, nous avons souligné certaines des solutions qu'il convient d'appliquer à plus grande échelle pour réduire les émissions de façon drastique, contenir l'élévation de la température moyenne de la planète à 1,5 °C et atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

 

Nous devons poursuivre sur cette lancée.

 

Excellences,

 

Les peuples doivent jouir de libertés fondamentales que chaque pays a promis de faire respecter.

 

Pourtant, nous sommes aujourd'hui à un moment critique, où des droits longuement acquis sont menacés, mis à mal, détournés.

 

Nous observons une trop grande impunité, y compris pour les violations du droit international humanitaire.

 

Nous voyons éclore de nouvelles formes d'autoritarisme.

 

Dans trop d'endroits, la disparition de l'espace civique musèle les voix des citoyens.

 

Des défenseurs des droits humains, des militants écologistes et des journalistes sont pris pour cible.

 

Jour après jour, clic après clic, d'une caméra à l'autre, les systèmes de surveillance étendent leur emprise et empiètent sur la vie privée.

 

Ces fissures ne sont pas uniquement le signe d'un effondrement des règles régissant le comportement des États et de l'économie.

 

Elles sont plus profondes. Elles questionnent notre compassion, notre humanité.

 

À l'heure où l'on compte un nombre sans précédent de réfugiés et de déplacés, où est passée notre solidarité?

 

Nous voyons des frontières, et surtout des cœurs, se fermer, des sociétés devenir hostiles aux étrangers.

 

Nous regardons des familles de réfugiés être déchirées et le droit d'asile être bafoué.

 

Il nous faut rétablir l'intégrité du régime international de protection des réfugiés et tenir les promesses de partage des responsabilités du Pacte mondial sur les réfugiés.

 

Nous devons également poursuivre sur la lancée du premier Pacte mondial sur les migrations, dont l'adoption en décembre dernier marque un tournant.

 

Il faut renforcer la coopération internationale pour une migration régulée et ordonnée et retirer la gestion des mouvements migratoires des mains des passeurs et criminels qui s'enrichissent sur le dos des personnes vulnérables.

 

Les droits humains de chaque migrant doivent être respectés.

 

Excellences,

 

Dans le monde d'aujourd'hui, la peur connaît un triste succès.

 

L'isolation et la méfiance de l'autre sont utilisées à des fins politiques.

 

C'est la raison pour laquelle j'ai lancé deux initiatives.

 

La première: une stratégie à l'échelle du système des Nations Unies pour lutter contre les discours de haine.

 

La deuxième: un plan d'action pour soutenir la protection des sites religieux et la défense de la liberté de culte.

 

Toute minorité, ethnique, religieuse ou autre, doit pouvoir jouir pleinement de ses droits fondamentaux.

 

La cohésion sociale est rarement facile; des efforts sont essentiels pour que chaque communauté se sente respectée dans son identité et puisse pleinement participer à la société dans son ensemble.

 

À ceux qui font le choix de l'oppression ou de la division, je dis: la diversité n'est pas une menace, c'est une richesse.

 

Il est inacceptable qu'au XXIe siècle, des femmes et des hommes soient persécutés à cause de leur croyance, identité ou sexualité.

 

Nous devons, bien sûr, également garantir les droits des personnes vulnérables et marginalisées.

 

J'ai lancé cette année la première Stratégie des Nations Unies pour l'inclusion des personnes handicapées.

 

Enfin, n'oublions pas la forme de discrimination la plus répandue dans le monde, une discrimination qui frappe la moitié de l'humanité: les femmes et les filles.

 

L'égalité des sexes est fondamentalement une question de pouvoir.

 

Et le pouvoir reste aux mains des hommes –nous le voyons dans les parlements, les conseils d'administration, et même cette semaine dans les couloirs et salles de réunion des Nations Unies.

 

Nous devons rompre avec l'immobilisme du passé et penser les droits et la représentation des femmes comme un but commun à l'humanité toute entière.

 

Je m'y emploie aux Nations Unies. Chaque jour, nous œuvrons pour la parité femmes-hommes, ainsi que l'équilibre régional. Aujourd'hui, nous avons atteint la parité dans mon Conseil de direction et parmi les Coordonnateurs Résidents, c'est‑à-dire celles et ceux qui pilotent le travail des Nations Unies dans chaque pays.

 

Excellences,

 

Je poursuivrai sans relâche mes efforts jusqu'à ce que nous ayons atteint la parité à tous les niveaux de l'Organisation, ainsi que la pleine égalité pour les femmes et les filles du monde entier.

 

Cela signifie qu'il faut continuer de résister à la résistance qui s'oppose aux droits des femmes.

 

Cela signifie qu'il faut dénoncer haut et fort le point commun troublant qu'il y a entre les attaques terroristes, les idéologies extrémistes et les crimes brutaux: la misogynie violente de leurs auteurs.

 

Et cela veut dire que nous devons redoubler d'efforts pour ouvrir le champ des possibles.

 

Au train où évolue le monde, il faudrait deux siècles pour combler le fossé existant entre les femmes et les hommes sur le plan économique.

 

Nous ne pouvons accepter un monde qui dit à mes petites-filles que l'égalité sera atteinte pour les petites-filles de leurs petites-filles.

 

Excellences,

 

Alors que nous menons ce travail essentiel et biens d'autres actions, j'ai lancé des réformes ambitieuses visant à rendre l'ONU plus efficace. Je compte sur vous pour donner à l'Organisation une base financière solide et stable.

 

Dans un monde de plus en plus divisé, nous avons besoin d'une Organisation des Nations Unies forte.

 

L'année prochaine, nous allons célébrer le soixante-quinzième anniversaire de l'ONU: une occasion importante de renouveler notre projet commun.

 

Les problèmes qui se dressent devant nous sont bien réels.

 

Mais l'espoir l'est tout autant.

 

Ce sont précisément les peuples que nous voulons servir qui nous inspirent.

 

Au cours des deux dernières années et demie, j'ai également eu l'occasion de passer du temps avec de jeunes filles Africaines qui apprennent à coder,

 

avec des enseignants qui forment les jeunes aux compétences nouvelles tournées vers l'avenir,

 

avec des entrepreneurs de champs très divers, qui, innovation après innovation, mènent le monde vers l'économie verte.

 

Ce sont ces personnes, et tant d'autres, qui nous aident à bâtir l'avenir que nous voulons.

 

Leurs aspirations et les droits humains doivent toujours rester notre pierre angulaire.

 

Nous sommes ici pour les servir.

 

Nous sommes ici pour faire avancer le bien commun, dans le respect de notre humanité et de nos valeurs communes.

 

C'est le projet autour duquel s'étaient unis les fondateurs de notre Organisation.

 

À une époque de division, nous devons renouer avec cet esprit.

 

Restaurons la confiance, rebâtissons l'espoir et allons de l'avant, ensemble.

 

Je vous remercie.

 


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