Les raisons de la colère - Par Mme Elodie Cantier-Aristide, Chef de Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme en Tunisie

 




Les incidents qui se sont produits ces derniers jours à travers la Tunisie, au cours desquels un jeune a trouvé une mort prématurée, ont des origines multiples, enracinées dans l'histoire récente et plus ancienne de ce pays aux richesses innombrables et aux opportunités réelles et multiples.

Les jeunes qui étaient dans la rue ces dernières nuits, n'ont pas fait part de revendications structurées, n'ont probablement pour la plupart qu'une connaissance imprécise des évènements auxquels ils étaient trop jeunes pour avoir participé, de leur histoire récente, et de ce qu'était la vie avant la révolution. Mais ce contexte, cet appel de la jeunesse tunisienne (mais pas seulement) et ses aspirations renouvelées ne peuvent qu'évoquer l'histoire du pays il y a dix ans. Il s'agit là d'autant de défis qui ont notamment été à l'origine de la révolution de 2011 et ont depuis, amené la Tunisie sur la voie de changements majeurs et réels dans tous les domaines de la vie politique, socio-économique, juridique et sociétale du pays.

Pourtant, les citoyens de Tunisie et sa jeunesse en particulier expriment aujourd'hui et de plus en plus, y compris par cette manifestation de frustrations, leur désenchantement résultant du manque pour tous des mêmes chances, équitables, d'opportunités professionnelles, et partant, de n'avoir pas de perspectives socio-économiques leur permettant de se projeter dans le futur. «On nous a volé nos rêves», lisais-je dans un article de presse[1] ces derniers jours.

Les rêves du présent, la réponse aux aspirations et aux besoins pressants notamment éducationnels et socio-économiques des Tunisiens et des Tunisiennes et de la jeunesse en particulier doivent être construits sur la base de décisions politiques, des programmes gouvernementaux, de réformes législatives, de décisions de justice ancrés dans la réalité actuelle mais aussi, nécessairement guidés par la mémoire et les leçons du passé.

Depuis 2011, très courageusement, les Tunisiens et les institutions qu'ils se sont données ont entamé un processus structuré et consacré par la loi, d'étude, d'enregistrement et de préservation de leur mémoire, celle des hommes et des femmes qui ont subi pendant des décennies des outrages, des violences, des discriminations, la marginalisation, le joug de l'arbitraire et le refus qui leur était fait d'exercer leurs pleines souveraineté et citoyenneté. Ce processus connu sous le nom qui peut paraître abscons, de «justice transitionnelle» recouvre et a mis en pleine lumière, à travers notamment le rapport de l'Instance Vérité et Dignité mais aussi les procès en cours devant les Chambres spécialisées et de nombreuses autres initiatives de mémoire, la réalité tangible des violations des droits de l'homme, tant civils et politiques que sociaux et économiques, que des milliers de Tunisiens et Tunisiennes de tous horizons et leurs familles ont expérimenté dans leur chair, dans leur vie. D'une portée essentielle, cette expression inclut la locution de «justice», un simple mot de sept lettres. Mais un mot dont l'immense portée symbolique, le contenu fondamental pour la réalisation de l'Etat de droit a porté tant de Tunisiens dans leur combat vers la démocratie d'aujourd'hui.

Chacun comprend que travailler à la mise en œuvre de la justice transitionnelle et au renforcement de l'Etat de droit pour sanctionner les crimes du passé, les réparer et les dépasser est un objectif de longue haleine. Il requiert néanmoins des étapes comme autant de points de référence symboliques autant que concrets dans la progression vers cet objectif, des réalisations concrètes et fortes telles notamment que le pardon aux victimes, la redevabilité devant les tribunaux, et un programme de réparation pour les individus et régions, pour préserver, avec volonté et détermination, la mobilisation de la communauté tunisienne, et notamment les plus jeunes de ses membres, sur le chemin continu et réel de la transition démocratique et d'un développement socio-économique véritablement inclusif, du pays. La jeunesse tunisienne d'aujourd'hui l'attend, elle le demande et elle le mérite.


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